[Conseils de Docteur Enfoirus]
Aujourd’hui, il faut l’admettre : Facebook est tendance. Il faut également l’admettre, beaucoup d’entreprises ne comprennent pas réellement les enjeux d’une communication sur ce média. Dans notre jargon, nous appelons cette mauvaise appréhension « logiques traditionnelles », à savoir la forte propension de vouloir prendre en considération des chiffres, comme l’audience. Avec les médias sociaux, toute agence ou employé a la possibilité de pouvoir profiter de cette incapacité à sortir des carcans d’une époque révolue à condition de pouvoir être à même de remettre la faute sur un stagiaire ou un employé lambda en cas de découverte du pot au rose. Pourquoi pas vous?

Quel que soit votre interlocuteur, dès lors qu’il n’est ni une pierre ni un animal non pensant (sinon pensez à voir un toubib), il y a réellement peu de chances qu’il n’ait pas entendu parler de ce phénomène qu’est Facebook. Si tel était le cas, lancez vous dans un rire sarcastique naturel afin de mettre le bougre dans l’embarra (si cela ne marchait pas, vous pourrez toujours le soumettre au supplice de la vieillesse en demandant au premier quidam qui passera son avis quant au dit site).
Au final, vous n’aurez qu’à dire un chiffre : Facebook, c’est 600 millions d’utilisateurs, voilà pas la peine de prononcer un autre mot, cela vous donnera un air très sérieux, voir énigmatique. Si vous pouvez rajouter une pointe de dramaturgie de type vous levez le sourcil gauche et les bras vers le ciel et vous aurez un bon départ. Vendre Facebook aujourd’hui est relativement simple, surtout si vous l’agrémentez de grosse multinationales ayant triplées leur chiffre d’affaire non pas à cause d’une conjoncture favorable ou de publicités dans des médias offline, mais bien d’une sacrée présence sur ces nouveaux outils. Coca Cola, Starbucks vous pourrez les compter par légions, mais surtout, une multinationale c’est crédible. Tout de suite votre interlocuteur aura les yeux qui pétillent comme un soda et se verra forcément côtoyant le gratin des grosses entreprises, une succès story dans le culture pub du mois d’aout ou que sais je encore.
Vendre Facebook est donc facile aujourd’hui, il fait partie du quatuor à vent que sont Facebook – Twitter – Youtube et Flickr et que les entreprises ont un jour ou l’autre entendu parler. Le plus difficile est au final de faire croire au succès de votre opération, votre interlocuteur désirant un retour rapide et surtout de pouvoir appréhender cette apothéose numérique.
Cependant, il faut bien préciser à son interlocuteur que vous serez dans la phase d’amorce, que vous créez une communauté et l’animez dans un premier début, mais qu’il devra par la suite prendre en main l’ensemble. Parlez de philosophie d’entreprise ne pouvant être transférée, de logiques internes liées à une complexité quant à l’organigramme, bref, ce n’est pas votre métier, vous définissez une stratégie, accompagnez au début et ensuite au revoir Simone !
Pour ce premier volet, nous allons vendre la taille de la communauté comme une donnée fiable du succès, après quoi nous apprendrons à passer le relais tout en appréhendant le futur échec et donc la manière pour enfoncer votre successeur avec tact et délicatesse. Un vrai travail d’enfoiré donc mais on a rien sans rien.
LA TAILLE

Notez bien ceci : votre client se fiche des concepts fallacieux que représentent ces vils termes que sont « échanges » « relation » « avocats de marque» (qui ne sont pas les avocats au sens propre du légume sus dit). Pourquoi vous embêter à développer de manière fastidieuse un contrat de confiance là où Darty excelle ? Franchement, vous bossez pour qui ? Pour vous ou votre client ? Bon nous sommes d’accord, pour vous (je le dis au cas où certains n’auraient pas compris).
Donc votre client ne s’attardera qu’à une chose, une donnée qui lui parle. Vous allez donc vendre la taille d’une communauté qui est visible d’un simple coup d’œil, mais qui est également courbable, à savoir que vous pourrez proposer de jolis graphismes lors du suivit. Il faudra qu’elle dépasse celle du concurrent bien sur, mais surtout qu’elle en impose sur le plan numérologique. Quelque chose de massif, type l’armée de terre cuite de Xian en moins terre et en moins cuite. Rappelez vous que votre client se fiche de savoir combien de consommateurs participent à l’émulation collective mais la masse qu’ils représentent et c’est tant mieux parce que c’est facilement malléable.
Pour se faire, vous devrez prévoir un plan machiavélique en trois étapes, le lancement, l’amorçage et au final l’échange.
Pour commencer, acteurs importants :
- Votre cercle – Pour débuter avec une taille modeste il faut se constituer une base solide, vos amis, votre famille, qui si ils n’auront que faire d’une fan page dédiée aux huitres de Dijon ne sauront refuser votre invitation (au pire des cas ressortez les vieux dossier, les photos embarrassantes). N’hésitez pas à mettre tout le monde dans le bain. Astuce personnelle : j’utilise le profil de mon grand-père interné en maison de retraite. Si aujourd’hui il est une coquille vide, cela permet de lui trouver une place dans nos sociétés consuméristes. C’est un échange win-win.
- Vos collaborateurs – Demandez à vos stagiaires de créer des faux profils anodins pouvant se fondre facilement dans la masse (un conseil évitez les trop flagrants Jean Fonce-Un-Clou ou Vladimir Pourlavaisselle). Ces faux profils, serviront dans les prochaines étapes. N’ayez crainte, de grandes marques ont fait de même mais je n’évoquerais pas leur nom ni même ne vous donnerez d’indices du type « écoute écoute c’est » … la délation n’est pas le genre de la maison même si c’est une tradition familiale.
Pour enrôler en masse
Qu’importe la Fan Page pourvu que l’on ait l’ivresse non ? Après tout, pourquoi attendre que les gens viennent à vous en petit nombre là où un gros concours avec des magnifiques cadeau saura fédérer des foules ?
Pour les cadeaux ne vous encombrez pas, un ipad2, un tee-shirt geek qui darde ses rayons wifi dans une nuit éthérée, un raton-laveur numérique jouant au ping pong avec sa queue, soyez astucieux, ingénieux mais surtout tendance. Vous représentez une marque de lessive ? Vous croyez réellement attirer le chaland en faisant gagner une mini-dose ou une dosette ? N’hésitez pas à vous éloigner de votre produit pour rassembler plus !
Ce qui est intéressant, et donc la touche Enfoirus, c’est qu’ils seront très peu à la fin du concours à se « défaner » … parce que ce ne sont pas des fleurs ! (Jeu de mots d’un certain niveau ne pouvant être compris que dans le firmament social-media de nous, les élites de la toile). En effet, une fois avoir cliqué sur les « j ‘aime », peu d’internautes ont le reflexe de se désabonner et empilent les pages comme un collectionneur de pierres tombales.
Il existe également de nombreuses manières de fédérer et d’attirer les consommateurs comme en cachant des boutons fan ici ou là (mais je ne m’aventurerais pas sur les plates bandes de Maître Pourriture, l’as de la fourberie).
Bref, attirez en masse par tous les procédés fallacieux existants est également une chose facile dès lors que vous aurez fait abstraction de ce que l’on appelle, à mince, zut attendez, ah oui, l’éthique, j’oublie toujours ce mot excusez moi.
Animer
Enfin, une fois que vous aurez fédérer un grand nombre de consommateurs autour de la fan page, n’oubliez pas de laissez quelques traces de membres satisfaits. C’est là qu’interviendront les faux profils de l’étape une en publiant ponctuellement des louanges glorifiant la magnificence de la marque ou la pertinence de sa stratégie sur les médias sociaux. Pour ce qui est de la modération des avis négatifs (il peut en exister), nous aborderons cela dans un prochain article, car il s’agit d’un sujet complexe et puis parce que vous serez obligé de revenir et qu’on pourra vendre des pubs déguisées.
Final Countdown
Vous avez créé une fan page et enrôler en masse. Vous avez donné un semblant de satisfaction en drapant vos stagiaires dans l’immuable apparat de consommateurs satisfaits. Maintenant, les prochaines étapes sont d’affirmer vos compétences quant à quantifier le succès de vos opérations, mais surtout à lâcher le « bébé » à votre interlocuteur ou une tierce personne. N’oubliez jamais que vous êtes dans la phase d’amorce !!!
LE VOCABULAIRE A UTILISER (avec la petite phrase qui va avec)
Il est enfin important de pérenniser et rassurer votre relation client. Montrez que vous avez le phrasé moderne en employant des néologismes ou des anglicismes, qui témoigneront de votre sérieux. Afin de montrer que vous allez accompagner votre interlocuteur de manière pertinente, deux termes simple à maîtriser :
INSIGHT : Statistiques d’une page.
MONITORING : Art subtile de suivre et d’analyser des résultats
Phrase choc : « Dans cette phase d’amorce, nous allons monitorer votre page en nous basant sur les insight ».
En gros, vous fournirez à votre interlocuteur des captures d’écrans de courbes qui grimpent en lui expliquant le rôle fondamental de votre intervention. S’il vous pose des questions quant à la hausse subite liée à tout procédé, mettez en avant vos indéniables talents de communicant (ancienneté, diplômes, références) et l’art subtil des stratégies web 2.0 pour expliquer un tel succès. Après tout, tout le monde ne fait pas des jeux concours pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas votre verve.
Lâchez le Bébé :
Une fois toutes ces étapes effectuées et la confiance accordée, vous allez devoir abandonner votre travail à votre interlocuteur qui lui même l’abandonnera certainement à une tierce personne (recommandez un stagiaire, plus facile à enfoncer). Dans tous les cas, vous pourrez expliquer le déclin visible (fuite, des membres, insultes, menaces de mort) par l’inefficacité du Community Manager ayant pris le relais. De manière théâtrale, annoncez votre désaveu face à une telle incompétence et soulignez un manque flagrant d’intérêt pour les médias sociaux de la part de votre interlocuteur pour expliquer un si mauvais recrutement. Reprenez les graphismes, les comptes rendu de réunion et démontrez que c’est lui qui a raté un virage important là où vous aviez mis en place une tactique éprouvée par les plus grandes multinationales. Posez votre main sur son épaule, regardez le dans les yeux et proposez lui de tenter l’aventure sur Twitter.
Voilà, la semaine prochaine je vous apprendrais à faire de la porcelaine avec des cadavres de chats récupérés sur une autoroute.

« Dans cette phase d’amorce, nous allons monitorer votre page en nous basant sur les insight ». Je crois que le pire c’est que c’est ce qu’ils attendent qu’on leur dise.
C’est exactement ce qu’il me manquait comme genre d’infos. Avec ça je suis top business
On vous promet un grand avenir !
J’attends le prochain article « Sous-traiter votre community management au Bangladesh, et expliquer au client l’échec par un problème de branding ».
Oh c’est moi le stagiaire en ce moment même en charge de la page facebook
je viens de comprendre pourquoi le patron me regarde de plus en plus de travers
Patience, un jour c’est vous qui deviendrez l’exploitant !
J’ai ri
Il est vraiment de bon conseil ce Docteur Enfoirus !
Attendez de voir mon collègue Maître Pourriture s’exprimer. En même temps notre maison à plus de 300 ans de maîtrise
Je suis impatient de lire sa prose
Au fait M Enfoirus, à quand les liens dofollow sur ce blog ?
Hum, on va essayer de recruter un stagiaire pour régler ce problème
Et le pire dans l’histoire c’est que c’est même pas frauduleux …
Merci pour cette tranche d’humour (noir?)
C’est pourquoi il faut se positionner judicieusement.
Bien cher Docteur Enfoirus:
ça a été plus facil…bref ce que tu proposes de créer des faux profils, ça fait pas manque de serieux? moi quand j’aime une page, si un commentaire m’interpelle je vais regarder le perfil de celui qui l’a écrit, et quand je vois qu’il n’a pas ou seulement 1 ou 2 contacts je me dit de suite que ya du louche…il faudrait en plus que ces faux perfils aient au moins plus de 12 contacts pour que ça fasse un peu plus vrai nan?
héhéhé vraiment agréable et drole a lire ce post.
1 tite question: j’ai crée une page pour mon entreprise, pour trouver des « fans » j’ai tapé d’abord la famille (ils sont tous pas loin de Cancale donc ils aiment les huitres
Ah…la famille, elle aime bien les huitres mais ç’est vrai que au bout de 3 douzaines elle s’en lasse, pourtant je change les sauces
Au passage et tant que j’y suis : http://www.facebook.com/hotelplaya si ça vous dit des ptites vacances aux baleares… et puis j’ai plus de mal avec twitter @hotelplaya merciiiii
En fait vous pouvez masquer dans les paramètres de confidentialités le nombre d’amis à afficher. Dès lors ce n’est plus un faux profil mais un type prudent de sa vie privé, ce qui change tout. Chez nous, on aime pas les endroits chauds, on préfère les endroits où il fait froid et sec et polluer mais merci pour la proposition.
Oups oui j’avais pas pensé à masquer les contacts…
Excusez si ça a géné de vous parler d’un endroit chaud, ensoleillé et plein de sable devant la mer
Excellent.
Quel humour… A tweeter de toute urgence
Bientôt des conseils pour bien tweeter !
Le iPad2 est t-il un prix fabulatoire ou réellement tirer parmi les nouveaux membres ?
Dois-je revoir ma phrases de fermeture «Soyez patient avant d’avoir des résultat sachant que seulement 0,02% à 0,05% des gens réagissent sur une fan page.»
Et je devrais dire non à la question «Alors je devrai attendre d’avoir 5000 fans avant d’obtenir mon premier contributeur ?.»
Après tout dépend de votre budget. Nous avons pris Ipad mais vous devriez trouver sur Ebay des Ipates , sortent de Ipad sans marque mais moins cher (vous n’aurez qu’à acheter un autocollant Apple et pour 10 euros vous aurez un prix qui tiendra jusqu’à ce que vous lâchiez votre bébé à votre interlocuteur)
Par contre je n’ai pas compris vos questions ni même pourquoi vous vous adressez à ces gens !
J’aimerai voir des blogs qui parlent comment facebook exploite ces 600 millions d’utilisateurs…bizarrement je suis sûr que le chiffre réduirait grandement…
Les gens s’exploitent eux même !
J’ai bien rigolé en lisant l’article. C’est bien rédigé, avec la juste dose d’humour noir.
L’utilisation professionnelle de Facebook en est encore à ses balbutiements..
Comment ça de l’humour ????
il y a le côté marrant de cet article qui est très bien rédigé, et puis il y a le côté moins drôle : de plus en plus d’agences proposent ce genre de solutions merdiques et les entreprises les suivent…
tu aurais pu ajouter dans « enrôler les masses » : acheter des fans… vu que maintenant c’est à la mode…
Le problème quand on achète des fans, c est qu’il faut payer … là où un stagiaire peut travailler à moindre frais !
Je connais certaines agences qui adoreraient appliquer ce genre de concepts, mais n’ont pas assez poussé la réflexion pour avoir ce genre d’idée (n’ont pas encore trouvé la source, quoi).
L’article est bien écrit, mais il représente un peu trop une grande partie du marché, ce qui est assez déprimant, au final.
Oui mais nous on va plus loin et on propose notre touche « enfoirus »
Éviter le transfert de compétences, c’est renforcer le concept de pensée magique, un vrai plus pour les vrais professionnels.
Le plus drôle c’est que ce type de démarchage existe déjà.
Il ne reste plus qu’à décoder le pitch.
En ce qui concerne l’Ipad, je précise que ça marche mieux avec 2 ipads, un pour la comm. Et l’autre pour faire des tests préalables : on va pas donner un truc qui risque de ne pas fonctionner !
Pas bête de soudoyer les autres !
C’est beau et tellement vrai….
En effet, très drole ce billet. Il est évidemment un peu décalé car nombre de consultants et entreprises ou associations exploitent avec intelligence et finesse le potentiel réel de comm’ des réseaux sociaux et du web 2.0.
Juste une remarque sur la fait de montrer ou pas ses » amis ». Normalement sur une vraie « Fan Page » à mon sens, on ne voit pas les fans, quoi qu’il arrive… On ne voit les « amis » que sur une page créée comme s’il s’agissait d’un profil individuel il me semble.
Et on peut en effet les cacher si souhaité.
Heureusement que les vrais
gensclients ne lisent pas les blogs ! Ce que c’est de gâcher un marché comme ça…#confraternité
CQFD // Marc Jacobs: un stagiaire craque sur Twitter http://t.co/tQIY86q
Ping : La preuve par les réseaux sociaux | charentes-info.com
Ha ha énorme article! 19,7 métaphores dénombrées dont la déjà culte « empiler les pages comme un collectionneur de pierres tombales. » \o/
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Superbe billet
J’adore le final sur Twitter ^^
Merci beaucoup